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Justine : Silence


Il m'arrive de parler des heures sans que personne ne m'écoute.


Cela est difficile, quand on est une jeune demoiselle en pleine transition, de passer de la vie d'ado pleine de tumultes à celle d'une jeune femme du monde, réfléchie et posée. Mais cela l'est encore davantage, quand personne n'est là pour se soucier de nos problèmes. Ceci irait sans doute mieux si ces gens là ne comptaient pas pour moi. Parfois j'essaie de les détester, mais ça m'est impossible. Pourquoi ? Car malgré le fait qu'ils ne m'accordent pas plus d'importance qu'une étiquette d'utilisation d'un paquet de nouilles, je sais qu'ils m'aiment. Et le fait de le savoir me meurtrit encore plus à chaque instant.
Suis-je invisible ?
Je me demande même si je suis importante. Au moins je le suis pour internet. Les gens me parlent au moins.

Il leur arrive de me parler des heures, sans n'avoir rien à dire.


Et c'est en cela que ma situation s'empire. Mes oreilles saignent d'entendre un flot continue de bavardages vides, mon esprit s'embrouille et mes propres pensées deviennent floues. Que faire pour les faire taire ? En parlant à mon tour ? Non, ils ne m'écoutent pas...
Et si je me blessais ?
Oui, cela semble marcher, les gens commencent enfin à se taire, et à me prêter leur attention, autant en profiter pour parler de ce dont j'ai réellement besoin.
Mince... Au moindre mot de ma part, l'intérêt s'évapore et leur discussions reprennent de plus belle !

J'ai longtemps pensé à mettre fin à mes jours.


Le principal ennuie quand on meurt, c'est qu'il n'y aura vraiment plus personne pour nous entendre, mais tant de gens pour nous parler, et nous porter un intérêt qu'ils n'avaient jamais manifesté de leur vivant.
C'est tout de même étonnant, qu'il faille que les gens perdent ce qu'ils avaient pour se rendre compte qu'ils l'avaient...
C'est dommage même, mais je pense que c'est bien fait. Si vous ne profitez pas de ce que vous possédez quelqu'un le fera à votre place. Mieux sans doute.
Quand j'ai tenté de me suicider, plus rien n'avait d'importance, enfin, si, je me demandais dans quelle tenue j'aurai aimé partir, et je me suis rendue compte que la robe que j'aimais était sale. C'est dommage.
Puis j'ai trouvé une autre solution.

J'ai longtemps pensé à mettre fin à leurs jours.


Un meurtre est une raison suffisante pour nous permettre de voir un psychologue. Lui, il m'écoutera. Le souci, c'est qu'il n'est pas l'oreille à laquelle j'aurai voulu m'adresser.
Mais si cette oreille n'existe plus, le problème s'accroît. Il serait quand même dommage que mon objectif de me faire entendre de ceux que j'aime, me conduise à la suppression même de la source de mes problèmes.
Enfin ! Je crois avoir trouvé une solution.
Je ne vais pas chercher à les convaincre de m'écouter, je ne vais pas chercher à me taire. Je vais essayer de résoudre mes problèmes seule... Sauf que le soucis, c'est que mon problème consiste à ne pas pouvoir parler librement à ceux que j'aime, et qu'ils m'écoutent par dessus tout.

Alors je me suis mise à écrire.


Et je ne parlais plus.

Alors ils se sont mis à lire.


Et ils me répondirent. Enfin.

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